21 septembre 1915, Marson


Transcription par Jocelyne Bonnemoy et Christian Pons.

BONNEMOY, Jocelyne, PONS, Christian. Lettres de guerre : décembre 1914 – septembre 1915 de Henri Bonnemoy. Peschadoires : auto-édition, 2012, 158p.


[19 septembre : situation initiale : comme le stationnement du 18 soir. Occupation du secteur J : 2e bataillon en 1re ligne avec C.M. – 1er et 3e bataillons en réserve aux abris de la borne 16 (ravin de Marson). Même stationnement pour les autres éléments. Pertes du 19 septembre : 1 tué.
20 septembre : occupation du secteur comme le 19 – pertes du 20 : 3 tués – 14 blessés.
21 septembre : occupation du secteur comme le 20 – pertes : 1 tué – 2 blessés.]

Le 21 septembre

Chers parents

[Lettre de Joseph Pinet à sa famille, 21 janvier 1918, vue combinée]
Ernest Gabard. Le travail de nuit.
(flickr.com/Médiathèque entre Dore et Allier)

Hier je vous ai fait une carte pour vous annoncer que j’avais reçu votre lettre du 16 avec le mandat qu’elle avait.

Aujourd’hui, comme tout travail je viens de faire une manille, il faut vous dire qu’on a creusé la nuit et le jour on se repose, mais on ne dort que quelques heures le matin quand c’est comme ça, la soirée on n’a pas sommeil, on joue, on cause, on écrit, on fume, on trouve toujours moyen de passer le temps sans trop s’ennuyer et nous avons passé quelques jours assez calmes malgré quelques obus qu’on entend partir un peu de tous les côtés, mais dans les tranchées, on est habitué à cela, on est assez à l’abri, il y a des endroits plus en arrière beaucoup plus exposés car les canons portent loin de part et d’autre.

Grâce à Dieu, les camarades du pays et moi sommes tous en bonne santé et il faut croire que Dieu donne partout la grâce d’état car ici on se porte bien et on se trouve pas mal tandis que dans le civil si on menait une vie comme ça, il y en a la moitié qui tiendrait pas quinze jours sans maladie.

Puis je crois que la guerre donne bonne humeur et bon moral, le soldat pourra faire quelque fourbi comme boire un quart de plus à l’escouade quand on touche le jus ou chiper un litre dans un patelin, mais dans ceux qui vont en tranchée aucun ne prendrait rien à son voisin de ses affaires personnelles.

Puis l’idée de la mort donne à certains des croyances qu’ils avaient oubliées. Et la plupart des plus blagueurs qui vous disent qu’ils ne croient à rien portent tranquillement quelque médaille sur leur chemise.

Chers parents, je vois rien de plus à vous dire pour le moment.

Vous êtes sans doute toujours bien occupés à vos travaux, n’en semez pas trop grand, vous tarderez peut-être pas beaucoup à vendanger mais je n’irai goûter le vin que quand il sera clair.

Bonjour à tout le monde au pays, à la Favier et à sa jeune fille.

Votre fils qui vous embrasse.

Henri Bonnemoy


Carte des déplacements d’Henri Bonnemoy

De Marson au Fortin de Beauséjour

Trajet 10 - De Marson au Fortin de Beauséjour

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